Isolement du dirigeant

La solitude des dirigeants en 2026

En 2026, 49% des dirigeants de PME et ETI se déclarent isolés, et 18% « très isolés » — un chiffre qui a presque doublé en dix ans. Ce n'est pas une impression individuelle : c'est ce que mesure la dernière étude Bpifrance Le Lab, menée sur 917 dirigeants et 35 entretiens approfondis, dix ans après une première édition pionnière sur ce sujet longtemps resté tabou.

Pourquoi c'est la réponse

Le taux global de dirigeants isolés a peu bougé depuis 2016 (45% contre 49% aujourd'hui), mais son intensité a nettement progressé. La part de ceux qui se disent « très isolés » est passée de 11% à 18% en dix ans, et le niveau moyen de solitude ressenti, sur une échelle de 5, est passé de 2,1 à 3,1 — il atteint 4,1 chez ceux qui se disent toujours seuls dans les moments difficiles. 65% des dirigeants relient directement cette solitude à un stress permanent lié à la charge mentale.

La raison structurelle tient à la fonction elle-même, pas à un trait de caractère. Un dirigeant occupe une position où, par définition, personne dans son organisation ne peut jouer le rôle de pair : un collaborateur a un lien hiérarchique, un associé a un intérêt direct dans l'issue des décisions, un conjoint n'a pas le contexte métier. Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance, résume cette nuance essentielle :

Le dirigeant n'est pas seul au sens clinique ou psychologique. Il est, en revanche, seul dans l'exercice de ses fonctions. — Philippe Mutricy, directeur des études, Bpifrance Le Lab
75%
des dirigeants ont douté du sens de leur engagement entrepreneurial au cours des 12 derniers mois
Bpifrance Le Lab, 2026

Les cas où l'intensité change

La solitude ne se répartit pas de façon égale selon le moment de vie de l'entreprise. Elle touche environ 30% des dirigeants à la création, 36% après le lancement, et grimpe jusqu'à 42% au moment de préparer une transmission — un pic logique, puisque cette étape engage des décisions structurantes qu'on ne peut discuter ni avec ses équipes, ni toujours avec sa famille. Elle culmine aussi dans les moments difficiles (58% des dirigeants se disent souvent ou toujours seuls) mais ne disparaît pas dans le succès, où elle persiste chez un dirigeant sur quatre.

L'erreur la plus fréquente

La réaction la plus courante consiste à traiter la solitude comme un problème de réseau : multiplier les clubs d'affaires, les groupes de networking, les événements professionnels. Cela élargit le carnet d'adresses, mais rarement le cercle de confiance. Un dirigeant qui côtoie cinquante pairs sans jamais se confier vraiment à l'un d'eux reste, sur le plan qui compte, exactement aussi isolé qu'avant.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

Identifiez une décision que vous portez seul depuis plus de deux semaines, et posez-vous une question simple : à qui, dans votre entourage professionnel actuel, pourriez-vous vraiment la confier sans qu'elle n'ait un intérêt dans la réponse ? Si la réponse est « personne », c'est le signal exact qu'un comité de pairs cherche à combler : un espace régulier, avec des personnes qui n'ont ni lien hiérarchique, ni concurrence, ni enjeu caché dans votre décision.

Questions fréquentes

La solitude du dirigeant a-t-elle vraiment augmenté depuis dix ans ?

Le taux global de dirigeants isolés est stable (45% en 2016, 49% en 2026), mais l'intensité a fortement progressé : la part des « très isolés » est passée de 11% à 18%, et le niveau moyen de solitude ressenti de 2,1 à 3,1 sur 5.

Cette solitude touche-t-elle tous les dirigeants de la même façon ?

Non, elle varie selon le cycle de vie de l'entreprise : environ 30% à la création, 36% après le lancement, jusqu'à 42% au moment de préparer une transmission.

La solitude du dirigeant est-elle un problème psychologique individuel ?

Non, selon Bpifrance Le Lab, ce n'est pas une solitude clinique mais une solitude de fonction : le dirigeant occupe une position où personne dans l'organisation ne peut légitimement remplir le rôle de pair.

Anne Chevallier est contrôleuse de gestion depuis 25 ans, toujours en poste au cœur du pilotage de la performance, et a fondé MANAKAIROS. Elle facilite aujourd'hui un comité de dirigeants en présentiel à Angers et Nantes, en partenariat avec Le Cercle Vertueux, pour redonner à chacun un pair sans enjeu à qui parler.